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    April 21

    l'ample (Déluge et Printemps)

     
     
     
     
     
    S6300477
     
     

    contre toute attente c'est aussi lent que la violence la plus intense
    une noyade de siècles et si longue que seuls les marques et raclements se restituent  
    par remontées soudaines comme soudainement toute l'eau du monde a été bue plus qu'aspirée
    parce que nous buvons sans aspirations
    il aurait pu en être autrement de ce joug que nous éternisons
    ne savons-nous pas être hors supplice sans tyrannie
    obscènes nous repoussons ce qui est simple et beau par simplicité
    c'est contre toute attente par fonte immense
    l'amplitude même de ce mouvement de pôle par allègement
    de manière dégageante ainsi qu'une femme dégage sa taille ses épaules d'une emprise désagréable
    ainsi un monde se retourne
    il faudra conter à tes suivants
    et aux suivants de tes suivants cet enfantement

    d'abord il y a les eaux
    des débordements sans noms d'eaux sur les ossements du monde
    les citées colossales leurs échines artificielles
    des ponts des routes scarifiantes
    des eaux pour coucher les dents de verre et de métal
    des pôles à l'abordage des frontières et ni digues ni écluses rien ne pourra défaire retarder attendre retenir la charge
    rien
    tu verras le monde venir à lui

     
     
     
    April 17

    le corps d'Hiver (arme déposée)

     
     
     
     
                arme déposée
    Hiver s'était allongée
    toute enroulée d'ours et d'harfangs
    son rêve avait la forme d'une multitude de cristaux
    pulsés aux vents
     
    dans les anneaux des siècles
    elle était revenue encore
    fidèle à la sieste
     
     
     
    S6300422
     
     
     
     
    bercée du chant des loups
    attendrie par les dents énamourées de Printemps
    quel enfant gourmand!
    Hiver engourdie, vint à fondre
    d'amour
    toute l'eau du monde sourit
    car la terre boit
    le corps d'Hiver 
     
     
     
     
     
     
    April 14

    quand tu blesses l'après-midi

     

    il faut déposer les armes

    les racines les mangeront

    comme tes nécroses

    embrasseront par palmes verdissantes

    embrasse de lumière toute l'eau contenue
    une dernière fois comme mourir
    l'élancement dans l'indicible

    le ciel s'abouche à ton coeur

    et à ton front la marque de ce siècle

    chiffonnages étranges

    peaux arbres que l'on jette

    pour un rien

    tes eaux abandonnées

    sans langue pour laper

    tendre

    l'espace que tu abrites

     

     

    April 10

    l'amplitude

    1
    amplitude (ou visions sonores)
     
     
    un geste incarne
    toute la nuit
    tu résides où les réponses s'enfantent
     
    je pense des ardoises
    roses en pentes
    les yeux d'un chat
    immenses les toits
    comme des escaliers pour monter tout le bleu
    aux yeux du ciel
     
    le son de tes pupilles
    mille fois
              mille fois plus

     
     2
    surtout demain
     
     
    il faudrait encore pouvoir rêver
    des chiens parmi les pieuvres
    danse tentaculaire
    des halos sanguignolants
    ourlent la terre
    de ces corps qu'on éventre
    qu'on fend dans le silence des téléviseurs
    ou les yeux clos
    (garde les yeux clos)
    il faudrait les lames souillées
    les milliers de couteaux que tu caches dans tes joues
    les sarbacanes sous ta langue
    tes yeux révolvers
    il faudrait leurs fouets
    leurs claquements furibards
    tout foutre dans la bouche d'un volcan
     
    fondre à jamais
    ou alors plus rien n'existe
    plus rien
     
     
     
     3
    nous
     
    nous remontons le puits des colères
    la bouche à feu
    des milliards de fois
    l'incarnation de Sisyphe et du terrible rocher
    arriver au bord de l'oeil
    l'insensée tâche il faut sortir
    sortir
    la tentation nous prend la manche le bras le corps
    doucement doucement et hésitante
    jusqu'à repousser fortement
    (repousse ton regard)
    des pierres éblouies
    au bord des visions
    polies d'impatiences
    de fautes
    l'inavouable ou l'indicible
    il faut déborder
    simplement
     
    tout tombe
     
    à moins d'être allé
               au fond des choses
     
     
     
     
    4
    tu sais qu'ils crieront
     
    avoir attendu avoir
    par frictions
    chauffé le puits
    rendu les pierres liquides
    le renversement du chaudron
    évolutionne
     
    la cuisson révèle Ardante la rebelle
    à recuire le monde avec passion car
     
    tout n'est qu'incandescence
                   et lumière